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Tome 2- Extrait
Chapitre 1 : Souvenir pénible
Ayron
C’était quoi déjà ? Ah oui…
Suis la Petite Ourse et tu y trouveras Arcas, le fils caché de Zeus. Grâce à sa ressemblance, tu retrouveras ainsi Callisto, sa mère, qui forme la sublime Grande Ourse.
Cette constellation représente le sacrifice de Zeus.
Il a puisé dans toutes ses forces pour éloigner les êtres qu’il chérissait du plus profond de son cœur afin de les préserver du danger. Et chaque soir, quand il lève les yeux sur le ciel perforé, il peut contempler ce qu’il a perdu, mais qui demeure en sécurité.
Mais tout ça n’a plus d’importance…
Ma fin de clope atterrit dans l’eau tumultueuse du jacuzzi, d’une teinte rosée.
— Je… je vous dirai tout ce que… je sais. Il avait une dette, mais je… je…
— Abrège ! m’exaspéré-je, que la séance de bégaiement traîne en longueur.
— Il ne l’a jamais rencontré, ce sont toujours des hommes masqués qui se pointent pour recouvrer les mensualités, finit-elle par baver.
L’avantage avec les putes, c’est qu’elles sont facilement intimidables.
Cela fait moins de cinq minutes qu’elle patauge dans l’hémoglobine diluée de son client qu’elle me lâche ce que j’aurais mis des heures à récupérer en interrogeant ce regretté Stuart.
Comme on dit : confie ta queue à ta pute, jamais tes problèmes.
Grossière erreur de ta part, Stuartie, tout comme la dette que tu as contractée auprès de mon ennemi. Monsieur « je flotte au gré des courants » avait manifestement un petit faible pour les jeux d’argent. Cependant, suivre un rythme de vie où tu déposes 50 000 $ sur les tapis des casinos de Miami, et la compagnie permanente de jolies professionnelles prêtes à assouvir le moindre de tes fantasmes, ça impose d’avoir de gros revenus. Et malgré la baraque hors de prix derrière mes talons, il manquait visiblement de liquidités, si j’en crois les ardoises disséminées aux quatre coins de la ville.
— Quand aura lieu le futur échelonnement ?
— Il n’y aura pas de prochain règlement, Stuart a payé sa dernière créance hier matin.
— T’en es certaine ? demandé-je, un sourcil en l’air.
Elle opine du chef vigoureusement en scrutant les corps éparpillés dans le salon, où seuls les stroboscopes poursuivent leur danse frénétique.
La fête battait pourtant son plein quand les semelles de mes pompes en cuir ont foulé leur tapis d’entrée, où il était inscrit « Welcome ».
— Hm. Dommage.
Mon troisième chargeur perfore sa poitrine. Lentement, elle s’écrase à son tour dans les remous, laissant une traînée pourpre sur le rebord en plastique.
Je revisse une clope sur la lisière de mes lèvres.
Fais chier.
Chaque ébauche d’une piste au cul d’Isaac se solde irrémédiablement de la même façon.
Par une putain de déception.
80 jours.
80 foutus jours, sans la moindre trace de cette enflure. C’est comme s’il avait complètement disparu, lui aussi.
Plus l’ombre d’une filature, plus de coups en douce pour planter mes livraisons, ni de tentative d’intrusion dans mes rangs. De plus, le téléphone de mon indic, Yann, reste muet.
Si la plaie nécrosée dans mon âme que m’ont infligée les Solveno n’était pas si douloureuse, je pourrais presque avoir l’illusion qu’il est temps de passer à autre chose.
L’envie d’ignorer sa tentative d’assassinat sur l’un des membres de mon clan pourrait être une chimère attirante, si je n’avais pas ce foutu poids qui m’empêche de déployer ma cage thoracique. Cette pression constante sur mon cœur me force chaque jour à combattre une envie de tout envoyer en l’air, sans me soucier des conséquences, afin de récupérer ce qui manque tant à mon équilibre.
Je reprends ma contemplation du ciel perforé, en crachant ma fumée blanchâtre qui estompe cette constellation si lointaine.
Où es-tu ?
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